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Ma vie dans le métro

Mercredi 28 septembre 2005

Vous remarquez qu'il n'y a aucun lien entre les articles. C'est pas grave. Ca viendra. Quand je serais célèbre, de brillants exégètes expliqueront toute la logique souterraine qui relie mes sujets et qui fait que je ne passe qu'apparemment du coq à l'âne, de Salman Ruhdie à Britney Spears....

De toutes façons, ce blog est mon nouveau jouet. Il m'amuse encore. Je suis boulimique. Vous verrez que dans quelques jours, je me calmerai et me ferai plus disert. Je précise cela à l'intention de mon abonnée qui doit recevoir sa quatrième alarme aujourd'hui. J'avoue que je ne sais pas comment ca se passe. J'imagine qu'elle reçoit un mail...

Bref... Vous avez remarqué, c'est la deuxième fois que j'utilise l'adverbe "bref" après un préambule assez long. Ca doit venir d'un lointain et inconscient souvenir du verbeux Achille Talon, personnage de BD de son état, et bavard impénitent, qui ponctue son discours long comme l'impétueux Amazone de cet adverbe court et incitant à la concision.

Cet après-midi, je fus amené à prendre le métro car tel était mon destin de parisien. Cela pourrait être un épisode tout-à-fait banal. Le genre même d'épisode propre à figurer dans un blog. Vous seriez étonné par exemple du nombre de réponse qu'obtient la requête "j'ai mangé une pomme" dans la rubrique blog du moteur Google : soyez étonnés !

Je disais donc que cet après-midi, je me suis assis sur un strapontin du métro parisien. Je regardais vaguement les autres voyageurs comme seul un vrai usager du métro peut porter un regard morne et désabusé sur ces compagnons d'un instant. Parfois, les regards se font plus intéressants, plus appuyés, plus mutins, plus invitants. Mais ne revons pas. Le regard est presque toujours imprécis, vague et vagabond. On se demande à quoi peut penser l'autre. On imagine où il va, d'où il part. Et puis, parfois on joue à son insu. En tous cas, je joue. Je crois que d'autres le font. Les enfants notamment mais je suis persuadé que les adultes s'y livrent aussi. Et dans le cas contraire, je serais déçu.

Ce sont des jeux bien innocents, purement mentaux et absolument pas interactifs. Ainsi, parfois j'imagine en quels animaux se transformeraient cette dame, cet homme âgé, ce garçon vif... Celui là, avec son long nez, c'est une fouine. Elle, son cou trahit son passé de cigogne. Et là, plus loin, pas de doute, c'est une chouette. Quels yeux ronds !

Bizarrement, malgré l'omniprésence des publicités pour les magazines "people", je viens en ce 27è jour de septembre 2005 de jouer pour la première fois au jeu de "à quelle vedette tu ressembles". Il faut dire que j'avais deux beaux spécimens en cette période de rentrée littéraire..

En face de moi, un Houellebecq au regard éteint, cheveux dégarnis et filasses, coiffure approximative. Il avait l'air plus vieux et maladif que son modèle. Sûrement à cause des verrues qui parsemaient son visage. Mais la ressemblance, assez lointaine en fait, m'a frappée. C'était Houellebecq dans 10 ans, Houellebecq portant sa laideur intellectuelle sur son visage.

A côté de lui, comme pour souligner la petitesse des talents rachitiques du souffreteux best selling writer avec un la grandeur d'un véritable écrivain, Salman Rushdie, très discret et propre sur lui, en veste et pantalon clair, une cravate très colorée pour rappeler sa fantaisie, s'est assis. Il était aussi impassible que le Houellebecq était agité. Amateur de lettres, il était plongé dans un livre de poche usé à la tranche rouge. Je me sentis alors en bonne compagnie. Et je pouvais continuer mon voyage, tranquille, un bon livre à la main.

 

PS N'hésitez pas à cliquer sur les liens !

PPS : Dites, jouez-vous à "en quel animal se tranformerait mon voisin de bus/métro " ?

Par PB
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Mercredi 28 septembre 2005

Je suis étonné que le métro ne soit pas plus présent dans la littérature et dans le cinéma. C'est pourtant un endroit vivant où chacun peut assister à des bribes de vie. Il y a des entrées, des sorties à chaque station pour rythmer les scènes et renouveler les acteurs. Il y a un mélange très hétéroclite de classes sociales et de genre de vie. Il y a la tristesse et le vide, il y a la joie, il y a surtout l'habitude impassible. Mais parfois, quelques éclairs : des accrocs nerveux, des mines patibulaires imposant l'inquiétude, ou, tout au contraire, le sourire contagieux de deux amis, le nuage euphorique d'amoureux qui s'embrassent à en oublier le monde, le regard charmant d'une inconnue. 

 

 Le métro est un condensé de vie. Un lieu de brassage. Mais aussi un lieu de souvenir, un lieu chargé d'émotions et de souvenirs. Le carrelage froid de "Montparnasse-Bienvenüe" peut signifier aussi bien le retour à la mer bretonne, les deux prochaines heures au cinéma, le souvenir d'une blessure amoureuse... On laisse toujours un peu de sa vie dans les couloirs souterrains que l'on emprunte. C'est là qu'on use ses chaussures, qu'on frôle des vêtements et des mains, qu'on capte des regards.

Mais toujours, tout est bref, rapide. Vous n'aurez qu'un court extrait de la vie de la vieille dame au cabas écossais, de celle du professeur corrigeant ses copies entre deux cahots, de la brune délicieuse, du roumain venu chanter à Paris. Il ne s'agit même pas d'une bande-annonce, mais de rushes. 24 rushes à la minute de films  disparates, certains en couleur, quelques-uns en noir et blanc, la plupart en nuances de gris. Il n'y a pas d'ordre, tout se mêle entre les crissements des roues du métro. Tous se mêlent entre les affiches publicitaires, les annonces sonores, les panneaux indicateurs. Et dans votre tête, tout se mélange et se bouscule bien qu'une pensée domine : prendre la correspondance à Châtelet pour arriver à Bastille. Mais elle est entrecoupée, parfois perdue hélas pour le voyageur inexpérimenté. Elle est à suivre en pointillé dans la cohue du cerveau : parlez vous l'anglais comme à la bourse de New York ? Le bonheur a-t-il quitté  la Samaritaine ? Prendriez-vous le métro avec une poussette ? Est-ce encore là bas un autre lecteur du Da Vinci Code ? Que dire pour que cette fille aux yeux verts prenne un café avec vous ? A quoi pense cet homme au front soucieux ? Combien de stations encore ? Pourquoi faut-il que cet abruti bouscule tout le monde ?

Prendre le métro, c'est voguer sur une rivière souterraine et tumultueuse.

 

Par PB
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