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Souvenirs inventés

Mercredi 26 juillet 2006

Elle était assise au bord d'une larme amère, distante et élégante, la première fois que je l'aperçus. Elle tenait son porte-cigarette avec une  précise science du mouvement. Un boa, flottant sur ses épaules, adoucissait son apparence.

Enfoncé dans un coin sombre et bleu du vieux cabaret, je l'observais. J'avais 4 siècles déjà, et 300 années de combat m'avaient courbé de lassitude. C'est d'abord la larme brillante que je regardais. Elle coulait lentement comme la tristesse d'un amour déchu. Elle était un ruisseau hésitant et pâle. Un léger halo la précédait, formé d'étoiles fondantes en flocons... Flocons minuscules mais étincelants qui éclairaient sa peau d'opale. Tout de suite, et malgré mes aventures innombrables, la spectrale demoiselle m'intimida. C'est à dire que son charme s'infiltra directement sous la croûte dure de mon cuir tanné par le sel des désillusions et le feu des combats.

J'ai reconnu sa fragilité et j'ai admiré sa force à la minute même où je l'ai vue. J'ai su qu'elle était habitée, tout comme mon vieux corps, par de multiples vies. Je sus qu'elle abritait des dizaines d'âmes. Je sus qu'il n'y avait rien à dire : se reconnaitre et sourire.

Sourire pour faire fondre les larmes...

J'allumai une cigarette pour d'un geste ample, l'envelopper d'une fumée grise, bleue, et rassurante. Il n'y avait rien à dire, juste se laisser porter par les souvenirs, par les nostalgies séculaires... Nous entamions, la flamme de ses yeux dans la flamme de mes yeux, un voyage immobile...

Ainsi se passa ma première rencontre avec Lily Dale.

 

 

 

Ecrit en écoutant en boucle le poème Lily Dale, chanté et mis en musique par Arthur H.

Par PB
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Jeudi 1 mars 2007

Comme un fragment, elle revient. Le bruit de la brosse dans ses cheveux.  La nuit, une lumière diaphane : un clair de lune peut-être. Elle est loin. Lumineuse et pâle. Magnétique. Comme une fée ensorcelante. Une sorcière aimable. Elle est tranquille et rassurante. Sereine. Tout de même, elle a cette teinte légèrement fiévreuse, ses yeux de feu. Il y a une menace dans la sérénité. Un charme envoutant, c’est toujours un piège. Elle est fascinante comme une araignée de soie.

Je me souviens. De ses yeux embués. De son sexe humide. De ses seins durs. Caresse de pierre, marbre érotique. Sa langue qui fondait comme caramel à l’absinthe. La fièvre. Sa fièvre. Notre fièvre.

Les crissements de nos peaux, les fusions de nos regards, les étreintes de nos bras. Je me souviens, alangui, les yeux dans la brume de ces lointains.

C’est le point de fuite dans le tableau de mes souvenirs. C’est un point d’avenir aussi. Un port du passé, une destination du futur… Entre les deux, je suis suspendu dans le brouillard.

 

A bientôt, petite.

 

Nous nous reverrons. Il faut compléter l’aventure. Fixer les souvenirs en les vivant à nouveau. Augmenter l’intensité. Se perdre en s’embrassant, se fondre l’un dans l’autre. Continuer le combat érotique jusqu’à l’amour.

 

Fascine-moi, encore, ô Lily Dale !

Par PB
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