Le métro : 24 films à la minute !
Je suis étonné que le métro ne soit pas plus présent dans la littérature et dans le cinéma. C'est pourtant un endroit vivant où chacun peut assister à des bribes de vie. Il y a des entrées, des sorties à chaque station pour rythmer les scènes et renouveler les acteurs. Il y a un mélange très hétéroclite de classes sociales et de genre de vie. Il y a la tristesse et le vide, il y a la joie, il y a surtout l'habitude impassible. Mais parfois, quelques éclairs : des accrocs nerveux, des mines patibulaires imposant l'inquiétude, ou, tout au contraire, le sourire contagieux de deux amis, le nuage euphorique d'amoureux qui s'embrassent à en oublier le monde, le regard charmant d'une inconnue.
Le métro est un condensé de vie. Un lieu de brassage. Mais aussi un lieu de souvenir, un lieu chargé d'émotions et de souvenirs. Le carrelage froid de "Montparnasse-Bienvenüe" peut signifier aussi bien le retour à la mer bretonne, les deux prochaines heures au cinéma, le souvenir d'une blessure amoureuse... On laisse toujours un peu de sa vie dans les couloirs souterrains que l'on emprunte. C'est là qu'on use ses chaussures, qu'on frôle des vêtements et des mains, qu'on capte des regards.
Mais toujours, tout est bref, rapide. Vous n'aurez qu'un court extrait de la vie de la vieille dame au cabas écossais, de celle du professeur corrigeant ses copies entre deux cahots, de la brune délicieuse, du roumain venu chanter à Paris. Il ne s'agit même pas d'une bande-annonce, mais de rushes. 24 rushes à la minute de films disparates, certains en couleur, quelques-uns en noir et blanc, la plupart en nuances de gris. Il n'y a pas d'ordre, tout se mêle entre les crissements des roues du métro. Tous se mêlent entre les affiches publicitaires, les annonces sonores, les panneaux indicateurs. Et dans votre tête, tout se mélange et se bouscule bien qu'une pensée domine : prendre la correspondance à Châtelet pour arriver à Bastille. Mais elle est entrecoupée, parfois perdue hélas pour le voyageur inexpérimenté. Elle est à suivre en pointillé dans la cohue du cerveau : parlez vous l'anglais comme à la bourse de New York ? Le bonheur a-t-il quitté la Samaritaine ? Prendriez-vous le métro avec une poussette ? Est-ce encore là bas un autre lecteur du Da Vinci Code ? Que dire pour que cette fille aux yeux verts prenne un café avec vous ? A quoi pense cet homme au front soucieux ? Combien de stations encore ? Pourquoi faut-il que cet abruti bouscule tout le monde ?
Prendre le métro, c'est voguer sur une rivière souterraine et tumultueuse.