Au rideau, elle grimpe
Je suis assis dans le lit, à lire tranquillement un étrange roman espagnol ,et voila qu'à son tour, elle entre dans la chambre. C'est d'abord une longue jambe fine qui avance, légère comme une ombre, à peine posée sur le sol. Discrète, je ne suis même pas sûr de l'avoir vue. Un pas, elle effleure à peine le parquet blond et c'est tout son corps de brune qui vibre. Elle s'arrête. Je crois bien qu'elle me regarde. Je sens sa présence. J'admire ses jambes longues et fines comme une pensée céleste. Elle se tourne avec délicatesse et j'admire les courbes contrastées de son corps. Son postérieur est bien rond et charnu. Elle se tourne à nouveau, s'étire, s'immobilise. Elle m'observe, je la regarde. Je sens qu'elle veut créer un climat d'attente. Elle a quelque chose de vénéneux et d'ensorcelant. Sur la platine, je glisse le disque d'Ascenseur pour l'échafaud. Lentement, Miles Davis entame son souffle de mort et de mélancolie. Je baisse la lumière. Aucun mot n'est prononcé. Le silence et la pénombre s'emparent de la pièce. La peur plane légèrement : c'est la première fois, nous deux. L'attente est longue mais douce. Imperceptiblement, elle bouge. A peine, elle s'avance vers le lit. Elle parait caresser les draps de son corps léger. Je pose mon livre, me tourne vers elle, la touche d'un doigt timide et imédiatement elle grimpe au rideau.
Avant de m'endormir, j'ai une pensée pour le signe qu'elle m'adresse : araignée du soir, espoir !